The Governance Dimension of the Internet of Things
By Philippe GAUTIER on Monday 10 January 2011, 14:50 - Web 3.0 / Internet of Things / Internet des Objets - Permalink
EURO-NF & GOVPIMINT Workshop (Leipzig II) in Cooperation with the annual meeting of the IGF Dynamic Coalition of the Internet of Things (IGF-DyCIT) Leipzig, Germany, March, 24-25, 2011
Voir aussi : http://www.medienstadt-leipzig.org/euronf/
« L’Internet des Objets comme relance du sujet de la gouvernance de
l’Internet… »
J’ai à une époque fait une conférence à l’EGENI sur le sujet (avec un focus
EPCGlobal et ONS), en septembre 2006 je crois, à une époque où la seule racine
ONS se trouvait aux USA. Depuis, le gouvernement Français, la commission
Européenne et certains acteurs privés ont pris des initiatives sur le
sujet.
Mais j’avoue avoir un problème avec ce thème récurrent.
Comment définir les principes de gouvernance d’une « chose » dont on ne peut
prédire l’évolution… ni même la nature sans cesse changeante ? Gouverner
n’est-il pas prévoir dans le cadre d’un système définit ?
Tout au plus peut-on piloter les choses dans le contexte des objectifs du
moment ; il s'agirait donc de revenir aux racines du mot "gouvernance" :
diriger avec le gouvernail, conduire. Le capitaine sait ce qu'il veut, où il
doit aller, mais il ne fait que « piloter » le navire en fonction de ses
moyens, des évènements et fait « ce qu’il peut ». S'agissant des éléments
extérieurs à lui : météo, mer, icebergs, états d'âme de l'équipage, etc. il les
intègre dans son pilotage plus qu'il ne les décide ou les "gouverne" (au sens
où ce mot est employé aujourd'hui).
Sur la base de cette analogie, cela reviendrait donc à définir, pour
Internet (qu'il soit "des objets" ou pas) :
- Un système de valeurs communément accepté autour de la « chose », étant entendu que ce système évoluera dans le temps en fonction de critères éthiques,
- Une autorité indépendante de contrôle, garante de ce système de valeurs,
qui scrute en permanence les évolutions et les orientations latentes de la «
chose » et qui, a posteriori, valide ou ne valide pas telle ou
telle évolution selon les critères « éthiques » du moment,
Mais dans ce cas, pas mal de questions se posent sur l’indépendance
de cette autorité, donc sur les valeurs éthiques à respecter et sa réelle
efficacité :
- Définir l’accès à une valeur économique, ainsi que les conditions de son partage se sont toujours résumés à un problème de rapport de force entre acteurs concernés,
- Ce rapport de force génère des compromis qui sont faits sur la base des leviers et moyens à disposition des acteurs incriminés,
- La régulation de la valeur économique se fait donc selon la loi du
compromis, c'est-à-dire bien souvent celle du plus fort, économiquement
parlant
Le vrai sujet n'est donc pas la « gouvernance de l’Internet... des
objets ou tout court » mais « comment l’Europe peut-elle devenir force de
proposition crédible – c'est-à-dire avec force de contrainte - sur le sujet
Internet ? ».
La réponse ne tient pas à mon sens dans la seule action politique, même si
l'initiative de la commission Européenne est louable.
- L’action politique, normalement basée sur les intérêts collectifs, peut servir à définir ces valeurs éthiques,
- L’action économique (idéalement liée à la précédente… mais, est-ce encore possible à l’ère de l’économie mondialisée ?) peut servir à les imposer (via des poids-lourds du secteur),
- L’action citoyenne doit clôturer les deux précédentes et en contrôler les
actions, les dérives…
Cette action citoyenne ne peut se faire qu'à l'échelle planétaire, cela va
de soi, quitte à bouleverser les équilibres hérités des
"états-nations".
Mais voilà, comme tout est lié, ces solutions se heurtent aux problèmes structurels que nous connaissons en Europe (le lecteur me pardonnera ces rapides raccourcis) :
- déficience de la recherche applicative,
- coercition étatique (Française notamment) sur l’usage d’Internet par les citoyens,
- les objectifs réellement poursuivis par les acteurs économiques concernés, plus en relation avec le profit que l’éthique,
- etc.
Tous ces problèmes font que, pendant que l’Europe organise ce type
d’évènements, d’autres se donnent les moyens d’imposer leurs vues pour les
années à venir (Chine, Corée, USA, etc.)…
Pourtant, sur le registre citoyen, une conscience planétaire se met
progressivement en place(*) : confirmer ce contre-pouvoir et son rôle en tant
qu’acteur est un des enjeux majeurs des 5 années à venir
!
Philippe GAUTIER
(*) Le récent épisode WIKILEAKS en est une illustration. Voir aussi : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/01/08/edgar-morin-les-nuits-sont-enceintes_1462821_3232.html