France : Consultation publique sur l’Internet du Futur en vue de recueillir l’avis de l’ensemble des acteurs concernés par ce thème : universitaires, chercheurs, grandes entreprises, PME, société civile… (http://www.telecom.gouv.fr/internetdufutur) Et Consultation publique et appel à contributions ouvert jusqu'au 29 mai sur la gouvernance de l'Internet, de la Commission européenne (http://ec.europa.eu/information_society/policy/internet_gov/index_en.htm)

Tout comme la Commission Européenne, le gouvernement Français cherche ici à se projeter dans le long terme pour définir une politique d’accompagnement : en lançant cette consultation il est dans son rôle, qui pourrait le lui reprocher ?...

Cependant, compte tenu du sujet éminemment complexe (Internet), cette démarche consultative – dans sa formulation - n’est-elle pas ambigüe ?

En réfléchissant à ces deux sujets (consultations Européenne de Mme Redding et Française de Mme Valérie PECRESSE, Luc CHATEL et Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET), nous identifions deux types de réponses possibles :

  1. La première consiste à développer des visions de l’Internet du futur et, moyennant un « gap analysis », déduire les axes à développer en matière de R&D, investissements, positionnement, formation, etc.

Cette réponse est celle qui, d’ordinaire, préside au pilotage des politiques en matière de R&D des grands états, on la retrouve plus rarement dans l’élaboration des stratégies industrielles des acteurs économiques (plus pragmatiques). Elle est utile en matière de recherche fondamentale (horizon >5 ans), peu efficace en recherche appliquée (horizon 2-5 ans) et « hors sujet » en deçà de ces délais. Ce contexte est souvent propice à l’expression initiale des « gourous » qui disposent de la « vision du futur » (ou de bons appuis politiques) et nécessite de parier sur le futur. L’histoire nous enseigne que la majorité de ces prédictions sont souvent réfutées par la suite… Les réponses jugées les plus pertinentes (ou les mieux soutenues) sont alors utilisées comme objectifs et la politique mise en oeuvre s’attache à définir les réponses – souvent normalisées ou standardisées - permettant de passer des « savoirs et moyens existants » aux « projections retenues comme objectifs ». Cette approche peut brider la créativité de certains concepteurs mais permet à tout un écosystème (officines de R&D, grands acteurs économiques, spécialistes du lobbying, associations, organismes de normalisation, etc.) de prospérer et vivre. Elle occulte néanmoins une réalité souvent observée : celle de l’émergence d’innovations latentes qui créent des ruptures et se traduisent – dans le secteur marchand – par des success stories et des « standards de fait » (nous ne citerons pas de noms).

Citons pour l’exemple l’analogie suivante : « Un enfant naît en 1950. Ses parents prédisent qu’il voudra devenir écrivain. Ils mettent donc tout en œuvre pour améliorer les moyens existants : stylo encre, papier, etc. En 1978, l’ordinateur se généralise et, qui plus est, l’enfant préfère danser plutôt qu’écrire des romans… »

Il serait malhonnête de notre part de critiquer plus avant ce type de réponse : n’avons-nous pas nous-mêmes, par le passé, fait ce genre d’exercice ? ;-)

  1. La seconde, plus pragmatique, consiste à faire observer par des experts objectifs les développements déjà engagés par les acteurs de l’Internet (acteurs directs et indirects).

En fonction de la pertinence de ces développements et selon un constat « a posteriori » (et non « a priori »), il s’agit donc de verser des aides adaptées (déconnectées de tout clientélisme ou lobbying) et se référant à une grille de lecture faisant référence (système de valeurs communes). Il ne s’agit là que de favoriser des évolutions « systémiques » (ou Darwiniennes) de sélection et d’auto-organisation naturelles : les idées inadaptées ou farfelues disparaissant d’elles-mêmes. Cette réponse (approche) est plus axée sur les écosystèmes relatifs à l’entrepreneuriat et un peu moins sur ceux qui relèvent de la « voyance ». En parallèle, la question à poser (que la commission Européenne ou le Gouvernement Français n’y voient pas là un quelconque affront) n’est pas : « Que deviendra l’Internet dans X années » ? Mais : « Comment, en avançant, nous allons identifier les bonnes opportunités et gérer la cohésion d’ensemble (sécurité, déontologie, …) » ?
Pour les lecteurs empreints de "systémique", la question est donc « comment allons-nous piloter (gérer, assister…) l’auto-développement de l’Internet » ?

Reprenons, pour l’exemple, l’analogie suivante : « Comment – en tant que parents – allons-nous piloter (assister) le développement de notre enfant ? Quelles valeurs allons-nous lui transmettre ? Comment allons-nous développer ses capacité d’adaptation ?, …»

Notre objectif est en effet de l’autonomiser afin pour qu’il puisse donner, une fois adulte, le meilleur de lui-même.''...

Philippe GAUTIER